Cinéma de Boulevard

Publié le par blingblog

J'aime flâner sur les grands boulevards

Y a tant de choses, tant de choses
Tant de choses à voir (…)

Yves Montand - 1951


Un avis sur l’emplacement du nouveau « parking cinéma » de Coutances.

Intitulé de l’annonce officielle du projet proposée par la ville de Coutances :

« Réalisation à Coutances d'un parking sur 2 niveaux et d'un cinéma de 2 salles en surplomb, situé en périphérie immédiate du centre-ville. La partie de l'enveloppe financière prévisionnelle affectée aux travaux est estimée à 3 955 000 EUR HT (valeur oct. 2009) ».

Imaginer un équipement tel qu’un « cinéma parking »le long du boulevard Alsace-Lorraine appelle de nombreuses réflexions. Avant tout, l’originalité du programme interpelle : un parking pour stationner 80 véhicules au dessus duquel se trouvera un cinéma équipé de deux salles de projection. Cette configuration existe certes dans de nombreuses grandes villes mais généralement ce double équipement se trouve à l’extérieur de grandes agglomérations. On le trouve à proximité bien souvent d’un centre commercial, d’un fast-food, ou bien d’autres équipements.

 

En 2009, la municipalité annonce l’édification d’un nouveau cinéma à Coutances sur une parcelle située entre le boulevard Alsace-Lorraine et la rue de Pile.vue-aerienne.jpg

Pour ceux qui l’ignorent, la rue de Pile est certainement une des rues les plus petite et étroite de Coutances, une longueur qui n’excède pas 300 mètres et une largeur d’à peine plus de 4 mètres. Elle est actuellement cernée de part et d’autre de grands murs qui la prive de tout lien visuel avec le reste de la ville. Certains coutançais qui pratiquent cette rue pour rejoindre les Unelles depuis la rue de Tourville n’hésitent pas à la qualifier de « coupe tête », en effet elle débouche parfaitement à angle droit avec la rue Saint-Maur, ce qui rend le croisement de ces deux rues particulièrement dangereux.

 

On comprend parfaitement la volonté de la mairie de placer cet équipement en limite du centre historique de la ville, limite définie par les boulevards bien perceptible sur ce cliché. Avant de porter un avis politique sur la décision du maire, essayons d’en faire une analyse le plus objective possible pour le bien-être de chacun des Coutançais, qui paieront pour la réalisation de ce projet.

 

vue-bvd.jpgrue-pile.jpg

un cinéma parking coincé entre le boulevard Alsace-Lorraine et la rue de Pile

 

En premier lieu, nous allons analyser le site choisi pour cet équipement.

Comment peut-on en 2010 qualifier le boulevard Alsace-Lorraine de Coutances ? Aidons nous du Littré, qui apporte pour le nom boulevard la définition suivante:

« Le terre-plein d'un rempart, le terrain occupé par un bastion, par une courtine.

Aujourd'hui, par extension et par abus, on donne le nom de boulevard à toute rue large, plantée d'arbres, qui traverse la ville, même dans son centre, aucune obligation n'est notée quand aux suivi du tracé d'anciens murs. Toutefois, on pourra remarquer que c'est une voirie qui se doit de comporter au moins sur ses bords des allées plantées pour mériter son appellation ».

Si le boulevard Alsace-Lorraine s’inscrit sur ce qui fut l’ancienne limite physique de la cité, la dimension de promenade plantée ne semble en aucune façon correspondre à notre magnifique artère. Comment alors doit-on désigner cette voie marquée par une circulation intense des véhicules ? Finalement quelles sont les caractéristiques de ce boulevard ? Ne devrait-on pas vérifier si la notion de boulevard périphérique n’est pas plus appropriée ? Le Littré semble donner raison à cette qualification :

« Une ceinture périphérique (parfois aussi désignée boulevard périphérique, anneau périphérique, voie périphérique ou Rocade selon les cas) est généralement une voie rapide urbaine (VRU) (…) à la circulation de transit (…). L'objectif principal est d'offrir un axe routier plus rapide de déplacement et de contournement que si l'on circulait en centre-ville ».

Ca y est, nous y sommes enfin, le site choisi, et délibérément choisi se situe simplement au bord du boulevard « périphérique » Alsace-Lorraine. Une idée bien naturelle pour un parking quand on considère que la voiture est aujourd’hui la reine des boulevards.

 

carte postale

L’équipe à la mairie a-t-elle oublié totalement ce que fut il n’y pas si longtemps le contournement de Coutances par ses boulevards, dignes de ce nom ?

 

Un parking le long d’un boulevard périphérique.

Cela semble s’inscrire dans une logique qui privilégie la voiture et fixe pour un certain temps l’image des boulevards qui n’est certainement pas celle figurant sur le cliché ci-dessus.

 Un cinéma coincé entre une artère abandonnée aux voitures et une ruelle encaissée. Quelle peut être la motivation d’une telle décision ?

 

Quel urbaniste peut imaginer un cinéma le long d’un boulevard périphérique ?

 

La facilité semble être malheureusement le moteur essentiel de la réflexion de l’équipe en place quant à l’aménagement urbain de Coutances.

Réfléchir, analyser, interroger, consulter les autres, rêver doivent être à notre sens les actions premières d’un élu qui entreprend un tel projet. L’enjeu d’un cinéma pour une ville comme la notre est majeur.

Ne doit-on pas imaginer qu’un des quartiers de Coutances qui connaît actuellement l’oubli voir même l’abandon puisse bénéficier d’un tel équipement ?

 

Le réaménagement des boulevards, nous y avons pourtant cru, lorsqu’à l’aube de l’année 2009, M Lamy annonçait que l’aménagement des boulevards de Coutances serait la grande priorité de son second mandat. Malheureusement an plus tard, en conseil municipal, M Lamy explique cette fois-ci discrètement que l’aménagement des boulevards sera reporté de cinq ans après le terme de son second mandat. Nous pensons donc qu’une nouvelle fois l’équipe dirigeante fait le travail à l’envers en privilégiant l’annonce spectaculaire de la construction d’un cinéma et en oubliant l’essentiel.

Il aurait pourtant été simple, mais certes moins spectaculaire, de commencer dans l’ordre, réaliser une véritable étude urbaine de Coutances en concertation avec tous les Coutançais et d’en tirer alors un fil conducteur, un plan d’aménagement à l’échelle de la ville, afin entre autre de redonner une vie à ces boulevards, de trouver le bon terrain pour projeter un cinéma et ainsi conduire l’évolution de la ville sur plusieurs décennies.

 

Pourquoi la ville de Coutances ne s’inspire-t-elle pas de sa grande sœur Saint-Lô qui malgré une attractivité moindre est en train de connaître une évolution urbaine intelligente et réfléchie. Peut-être une explication : la ville de Saint-Lô s’est attachée les services de deux urbanistes, Philippe Panerai qui fût couronné en 1999 du « grand prix de l’urbanisme » et Eugène Leseney pour imaginer le développement de la ville, un pari qui semble pour l’instant réussi, et l’on peut percevoir cette réussite entre se promenant le long de la Vire à proximité du nouveau cinéma. M Leseney, architecte né à Coutances qui déclarait d’ailleurs dans le quotidien Ouest-France lors d’une de ses récentes venues à Coutances le 17 novembre 2008 :

« Coutances n’a pas résolu le problème de quelques quartiers, comme le boulevard Alsace-Lorraine où je suis né. Les bagnoles sur les trottoirs, des maisons dans un état vétuste… Coutances mérite une autre qualité. »



Publié dans Nos projets

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
R
<br /> Aux dernières nouvelles, le futur cinéma serait délocalisé du boulevard Alsace-Lorraine vers le boulevard Encoignard : pour la séance inaugurale, on y passera un classique du film "gore" :<br /> "Massacre à la Tronçonneuse" !<br /> <br /> <br />
Répondre