Cheuz nous le marché se meurt

Publié le par blingblog

 


MARCHE COUTANCES 1« Le marché est le seul jour de la semaine où la moitié de ses rues (note de BLING BLOG : il s’agit des rues de Coutances) présentent une véritable animation. Les paysans des environs l’ont envahie, venus les uns à pieds, les autres par le chemin de fer, la plupart dans leur carriole, souvent conduite par une femme. Elles mènent fort mal, quoique avec beaucoup d’aplomb. D’ailleurs leurs chevaux sont dociles. Surveillant les menus produits de la ferme, elles tiennent à venir les vendre elles-mêmes et on les voit le long des rues, alignées avec le panier de beurre, d’œufs, l’éventaire de légumes, la cage à poules ou à lapins. Après les premières transactions, un bruit continu monte de cet amas de femmes et les exclamations patoises s’entrecroisent par-dessus la tête des acheteurs. Le dialecte bas-normand se parle là selon cinq ou six nuances différentes. L’expression « chez nous », par exemple, s’y prononce : « cé nous », « ci nous », « ceux nous », « cheuz nous », « çu nous » ».

Extraits de « La petite ville » de Remy de Gourmont (1913)

 

Près d’un siècle plus tard, bien des choses ont changé à Coutances. Rémy de Gourmont serait bien surpris par toutes ces automobiles conduites avec dextérité (excepté peut-être en temps de neige) par les coutançaises mais aussi par le déclin et la morosité du marché hebdomadaire. Quelques chiffres sur des marchés de la région pour mesurer l’étendue du problème :

 

Ville

Nombre d’exposants

Agon-Coutainville

100

Carentan

120

Villedieu les Poëles

140

Valognes

150

Saint Lô

160

Pontorson

200

Portbail

250

Dinard

300

Coutances

65 !

Source : Fédération Nationale des Syndicats des Commerçants des Marchés de France (*)

 

Cherchez l’erreur !

Comment en est-on arrivé là ?IMG_3047.JPG

 

Bien sûr, la chute n’est pas récente et n’a sans doute pas été brutale. Bien sûr, depuis un siècle, la généralisation du salariat, du travail des femmes, l’équipement en réfrigérateurs et en congélateurs et enfin la déferlante des supermarchés et hypermarchés ont contribué à réduire la fréquentation des marchés.





Pour autant, sur les quelques 36 000 marchés traditionnels de France, dont 80 % sont dits "de plein vent", par opposition aux marchés couverts, beaucoup, à l’instar de ceux de Vire ou de St Hilaire du Harcouët, continuent à animer véritablement les villes et villages et à attirer les habitants des campagnes environnantes. Beaucoup demeurent des lieux privilégiés de rencontres, symboles d’un certain art de vivre.

Alors, pourquoi pas à Coutances ? Que s’est-il passé ces dernières décennies pour qu’on en arrive à ce marché si moribond ? Les municipalités qui se sont succédées n’ont-elles pas sacrifié le marché en le sortant du centre-ville pour dérouler le tapis rouge à l’insatiable grande distribution ? Grande distribution qui porte aussi globalement une très lourde responsabilité dans la disparition du commerce de proximité, l’écrasement de l’agriculture à taille humaine, l’appauvrissement de la qualité des produits et les délocalisations massives (**).



Mais revenons aux marchés avec Michel, Maire d'Aniche (59) : 

«  Le marché est essentiellement un lieu d'échanges, j'oserai ajouter : un lieu de culture. Un Maire aime son marché (note de BLING BLOG : hélas, pas tous). Il y croise sa population dans sa diversité, en particulier quand elle se trouve confrontée au coût de la vie. Je vis le marché d'Aniche avec assiduité et passion. Quand je suis en vacances ou retenu par d'autres obligations, cette séparation me pèse : je sais qu'il va me manquer ».



De plus en plus de consommateurs sont aujourd’hui enclins à privilégier les marchés, les commerces de proximité indépendants et les circuits courts, types de commerces créateurs d'emplois, encourageant un certain mode d'agriculture respectueux de l'humain, de l’environnement et finalement... du consommateur lui même..


Avec eux, une municipalité qui comme le Maire d’Aniche aimerait son marché pourrait très certainement le relancer, le réenchanter avec quelques décisions simples comme le changement de jour (mercredi ? vendredi ? samedi ?), l’allongement de la durée (jusqu’à 14h), la réintroduction en centre-ville, l’implication du théâtre municipal et de l’office de tourisme pour proposer une animation par mois de type spectacle vivant, une communication intelligente, efficace et ciblée.





(*) à consulter : www.marchedefrance.org

(**) Christian JACQUIAU, économiste, expert-comptable indépendant, délégué consulaire à la Chambre de Commerce de Paris
Auteur de l'ouvrage "Les Coulisses de la Grande Distribution" - éditions Albin Michel

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J
<br /> c'est vrai que lorsqu'on se rend au marché pour la 1iere fois, on n'est pas impressionné par le coté convivial d'une telle manifestation,peu de stands, salle marcel hélie "froide" et peu festive<br /> ... le seul coté sympa c'est les bancs des "petits vieux" qui vendent lapins, chatons, légumes et qqs fleurs qui donnent de la couleur ...<br /> enfin il ne faut pas bosser quand tu veux aller au marché parce qu'à midi et demie, tout est ramassé et t'as plus rien<br /> <br /> <br />
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